06 mai 2007
TELOUET
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C'est l'âme pressée par le désir de la découverte et l'envie de rencontrer nos hôtes que nous sommes arrivés à Telouet après avoir franchi le plus haut col routier du Maroc culminant à 2260 mètres , le col du tizi 'N tichka qui marque la frontière entre les provinces de Marrakech et de Ouarzazate.
Arriver à Telouet.
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Sur la route en venant de Marrakech, après avoir bravé les vendeurs de géodes et autres minéraux, où le pire (moulages de polyester ou de résines figurant des ammonites et de magnifiques reconstitutions géologiques assaisonnées de mercurochrome ou de vert fluo) côtoie le meilleur (véritables cristaux de roches et fossiles de fort belles formes et variétés) on emprunte une petite route située sur la gauche, 6 km environ après le passage du col susnommé.
La route, qui n'est accessible qu'après un quasi-demi-tour sur route, s'apparente tout d'abord à un petit chemin de campagne assez étroit mais néanmoins asphalté… enfin au début ! Par la suite cette petite route sinueuse et pittoresque, égayée de superbes couleurs de terres et de végétations entre rouges, ocres et verts gris étonnants se meut en piste défoncée par les intempéries jusqu'au passage d'un petit gué rendu obligatoire par la chute inopinée du petit pont jouxtant le passage présentement offert aux roues de notre camion lors d'un orage un peu violent le mois dernier.
Globalement la route est en assez mauvais état (si l'on prend pour référence nos acquis d'occidentaux repus de goudron lisse et rectiligne) et s'effondre même par endroit (de petits cairns sur le bord de la route signalent d'ailleurs les passages les plus délicats) et il convient d'être prudent lorsque l'on croise un autre véhicule, que ce soit un autochtone au volant de sa voiture surchargée, aux 5 tours de compteur, qui n'a cure de quelques frottements ou nids de poules, ou le 4X4 rutilant et fier du guide au service des gentils touristes des clubs Marmara et autres qui viennent contribuer à la défonce de ce paisible chemin de montagne, cachés derrière leurs vitres teintées et les yeux rivés sur les bas côtés, le cœur au bord des lèvres et la satisfaction d'avoir cru voir de l'authentique en restant cutés sur leurs moelleux sièges de moleskine…
Au bout d'une vingtaine de kilomètres, parcourus à allure modeste,
autant pour profiter du paysage enchanteur, que pour éviter les
multiples marcheurs et conducteurs d'ânes batés circulant sur les bas
côtés, on parvient en vue du village de Telouet, qui se dresse
fièrement sur un plateau de terre ocrée et rouge.
Le village ne semble pas très étendu à première vue, mais la commune de Telouet abrite plusieurs dizaines de milliers d'âmes.
Situé au cœur du pays Glaoua, dans cette haute vallée où coule l'oued Imarene, le village est dominé par l'impressionnante Kasbah du Glaoui de Télouet, dont j'aurai l'occasion de vous reparler.
Un peu d'histoire.
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Dep uis toujours ou presque, cette région du haut atlas est habitée par
des berbères apparentés à la grande famille des Masmouda. Le col de
Télouet, à 2460m d'altitude, à la croisée des échanges culturels et
économiques, était connu naguère sous le nom de Porte de Deren.
Il servait également de communication entre deux grandes origines de
peuplement et d'activités économiques, la région du Sous et le Haouz.
Autrefois, Télouet était le lieu de passage obligé des caravanes allant de Marrakech à Ouarzazate avant la mise en construction de la route qui passe par le col du Tizi n-Tichka. C'est grâce à cette position stratégique qu'elle demeura pendant une centaine d'années, l'un des fiefs des seigneurs glaoua. Au milieu du XIX ème siècle, le col de Télouet concourut à la puissance des Glaoua développée, à partir de 1858 environ, par Mohamed Amezwar et par Si Madani, fils et petit-fils d'un Cheikh de Télouet, marabout exploitant une mine de sel, (toujours en activité et que nous avons visité d'ailleurs).
En 1893, le Sultan Moulay el Hassan revenait d'une campagne au Tafilalet. Contraint de demeurer à Telouet à cause d'une tempête neige, il reçut un accueil des plus chaleureux, (on sait donc d'où nos hôtes tirent leurs habitudes…) et Si Madani, lui fit acte de fidélité.
Avant de partir, le roi, lui laissa en guise de gratifications, des fusils modernes, un canon Krupp et quelques obus que Si Madani utilisa ensuite pour asseoir son autorité et l'accroître géographiquement.
Plus tard, à partir de 1912, avec son frère Thami, ils eurent assez de jugement pour se rallier au Protectorat sous lequel ils développèrent considérablement leur domaine… A la mort de Madani (de chagrin paraît-il, après le décès de son fils au combat) c'est Thami qui prit la relève en 1919.
Parmi ces seigneurs, c'est donc l'influent Al Hadj Thami al Glawi (1875-1956), pacha de Marrakech, dit « le Glaoui », qui naquit et finit ses jours dans son Palais à Télouet, qui marquera le plus son temps.
Le village.
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De part sa situation géographique et stratégique, Telouet a toujours joué un rôle prépondérant dans cette vallée. Pour autant, outre la situation de la kasbah sur les hauteurs, le village est tout ce qu'il y a de plus rural et traditionnel et donc par-là même, pour les touristes que nous fûmes (c'est du belge !), un vrai gage d'authenticité…
La partie haute du village est constituée de maisons plus modernes, aux toits en terrasses mais c'est dans la partie basse du village et sous la kasbah que l'on trouve la majeure partie des maisons réalisées en pisé. C'est ce mélange de terre et de paille, qui, constitué selon d'ancestraux procédés isole à la fois de la chaleur et du froid.
C'est aussi cette couleur de la terre d'origine, qui, en passant de l'ocre au rouge en fonction de l'éclairage du soleil confère au lieu entier une unité harmonieuse malgré les différences de formes des maisons.
L'une des plus belles et grandes maisons du village est celle du caïd.
Elle est située dans la partie du village la plus moderne.
Mais c'est en se perdant dans les ruelles, en contrebas, que l'on peut
admirer ce savoir-faire séculaire et la variété des maisons
traditionnelles.
Notre guide ce jour là, qui n'est autre que le voisin de notre maison, nous mène dans son village et nous fait découvrir, fièrement, les richesses de son patrimoine : d'abord le souk et ses multiples boutiques (il se tient le jeudi), puis, la place du village, traversée par l'unique route qui se poursuit au-delà de Telouet vers la mine de sel et la ville d'Aït Benhaddou et entourée des quelques magasins où il est possible de se ravitailler en victuailles et objets de première nécessité, ensuite, la partie plus moderne, composée de la poste, de l'école, de la maison de la commune, et au-delà en descendant vers le bas du village, et en laissant la kasbah sur votre gauche, l'ancien quartier juif avec ses vieilles maisons et ses petites rues sinueuses aux porches couverts.
A cette époque encore et malgré la température parfois hivernale, les enfants sont dehors, à jouer sur les terres-pleins devant les habitations. Les hommes sont peu visibles, occupés à la mosquée, et les femmes s'occupent du linge qu'elles mettent à sécher le plus souvent, à même les buissons. Ce sont ces scènes là, venues d'un autre âge, pour nous étrangères et sans égales, qui ramènent l'esprit des pauvres touristes que nous sommes à la dure réalité de cette région : dénuement absolu pour certains, mais ce sourire, toujours vissé au coin du visage et ce regard chaleureux qui vous enveloppe de bienveillance.
Partout nous avons été accueillis avec gentillesse et simplicité. On nous a convié à visiter les maisons, à nous asseoir dans ces salons marocains si hospitaliers et à boire l'éternel thé à la menthe ou à l'absinthe, véritable symbole de l'hospitalité berbère…
Pour quoi venir à Telouet ?
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Chacun trouvera en venant au Maroc une raison d'y séjourner selon ses goûts. Il n'était pas dans nos projets d'aller passer 10 jours sur une chaise longue au club Marmara de Marrakech ou de nous faire secouer la couenne dans des 4X4 tape-culs sur la route des Ksour et des kasbahs du haut Atlas.
On peut venir à Telouet pour simplement goûter aux plaisirs de la marche ; des excursions sont organisées dans les montagnes aux alentours et vous pourrez demander aux guides disponibles de vous y conduire. Ils se feront une joie de vous faire découvrir la campagne environnante et les possibilités de bivouac en altitude.
Si vous avez le pied moins montagnard, vous pourrez quand même suivre les sentiers muletiers et laisser errer votre regard sur la beauté fascinante des paysages. Le contraste entre les couleurs chaudes des terres et des habitations et celles, plus froides des rares îlots de végétation et des cimes enneigées est un spectacle que vous n'êtes pas prêts d'oublier….
De Telouet, vous pourrez aussi partir pendant 2 ou 3 jours, à la découverte du désert du sud marocain, finalement pas si loin…
Si vous êtes équipés d'un véhicule suffisamment aguerri, voire un tout
terrain, vous pourrez vous risquer sur la route qui va vers Aït
Benhaddou et trouverez alors d'autres villages sensiblement identiques
à celui-là, voire plus beau encore, comme ceux Anemiter ou de Tighza.
Il faut compter 4h pour parcourir les 35 kilomètres de piste en 4X4. Mais la ballade vaut le coup. Tout le parcours est à l'écart des circuits traditionnels et la végétation et les paysages y sont magnifiques.
A 8 km au delà de Telouet, toujours sur la piste carrossable qui va vers Ouarzazate, se trouve la mine de sel. La piste qui y mène part en épingle, sur votre gauche. Vous ne pouvez guère vous tromper : il suffit de suivre les traces de sel au sol !
Un gardien vous fera visiter (rapidement mais entrer vaut le coup d'œil) moyennant quelques dirhams. Il est un peu susceptible de la photo… et réclame aussi une obole pour le tirage de portrait ! Mais une photo ne se paye pas, nous avons donné pour la visite, pas pour la photo, ne lui en déplaise.
La visite est étonnante si vous ne connaissez rien à l'extraction du sel de cette manière. Les installations sont sommaires mais le lieu vaut quand même le détour, et les paysages, que l'on croirait tout droits sortis d'un roman de Jules Verne ou de Ray Bradbury sont d'une beauté peu commune. Je n'ai jamais vu autant de nuances de rouges dans un seul paysage, c'est tout simplement fabuleux. On croit vivre entre chimère et réalité….
L'avis d'un berbère d'occasion.
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Oui l'endroit est tout simplement beau et vrai.
Non, vous ne verrez pas de chameau ici.
Vous n'y verrez que des ânes, des moutons et quelques vaches. Mais vous
y trouverez le bonheur simple du contact avec les berbères qui vous
accueilleront à bras ouverts, parfois avec un peu trop d'empressement,
si vous ne savez pas déjouer les pièges tendus par « les faux touaregs
» à l'entrée du village…
Mais si vous prenez la peine et le temps de vous asseoir autour d'un thé, vous découvrirez alors ce que la vie dans le haut atlas Marocain peut avoir de fantastique, dénuée de toute forme d'artifice et de complications…
Là-bas, nous avons trouvé l'évasion, le dépaysement et la paix que nous cherchions. Nous avons partagé la vie de cette civilisation, proche mais finalement mal connue, de cette ethnie d'anciens nomades sédentarisés. Nous avons assisté aux fêtes de l'Aïd, avons pris nos repas avec ceux qui sont devenus, au fil des jours, nos amis.
Ce sont ces plaisirs simples et authentiques, loin de l'agitation des villes et plus proche de la nature que nous avons égrenés pendant notre séjour à Telouet.
Et c'est le cœur serré et l'émotion palpable que nous avons quitté le village de Telouet, laissant nos hôtes à leurs vies paisibles et retournant à nos existences trépidantes de gens pressés avec une seule idée en tête : trouver rapidement l'occasion d'y revenir ! A vous, Abdil, Mohamed, Aziz, Ali, Ahmed, Radia et les autres… nous disons juste merci de nous avoir accueillis parmi vous.
« Les hommes pressés sont déjà morts… »
Chrispix.


















